Pourquoi chantez-vous en créole ? Je chante aussi en arabe, en swahili, des dialectes qui ne se parlent pas forcément à la Réunion.

Qu’est-ce qui vous a motivée ? L’histoire du maloya m’a marquée, celle de l’esclavage aussi.

Quelles sont vos influences musicales ? J’aime bien les musiques traditionnelles en général, puis de la techno au rap, quand il y a quelque chose qui me plaît, j’écoute.

Comment avez-vous été remarquée ? Le maloya était plutôt chanté par des hommes. Du coup, lorsqu’une femme arrive sur scène, ça étonne tout le monde. Peut-être aussi par rapport aux paroles et aux rythmes.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de participer au festival ? Ce qui fait la différence avec d’autres festivals, c’est qu’on arrive, on a des ateliers, des gens qui viennent travailler avec nous. Tout à l’heure au concert, il y aura des jeunes qui ont participé à des ateliers et vont jouer avec nous sur scène. Comme j’aime bien ce type de travail, il n’y a pas à dire non.

Qu’évoque pour vous le maloya ? C’est une musique qui a été ramenée par les esclaves. Ils se servaient du maloya pour communiquer entre eux, se raconter des histoires de la vie de tous les jours, ce qui n’allait pas. C’est pour ça que le maloya est devenu une musique aux paroles très revendicatives. Les maîtres, eux, ne voulaient pas que les esclaves la jouent, elle était interdite.

Quel genre d’instruments utilisez-vous dans vos chansons ? La base du maloya, c’est le rouleur, un tonneau avec une peau de vache qui fait le son de basse, et le kayamb, fait à base de tiges et de fleurs de canne, avec, à l’intérieur, des petites graines noires. C’est l’instrument dont je joue, qui fait un bruit de la mer. On a rajouté des instruments africains : le djembé, le doum doum, le piqueur, un instrument traditionnel de la Réunion, un bambou sur lequel on tape avec des baguettes, le triangle, les congas… L’important est de faire un ensemble, une musique qui rapproche. C’est une sorte de reconnaissance de reprendre tous ces rythmes.

De quoi parle votre musique ? Des faits de société. Il y a aussi une chanson qui parle de a vie et croyez-moi c’est difficile de parler de soi surtout quand on a passé des moments assez durs. Je parle du 20 décembre, la fête de l’abolition de l’esclavage, un jour férié. Je parle aussi de la fête.

Propos recueillis par : Aïssatou Sankhanou, Shomy Bibongi-Madiéla, Cyril Thery, Hamza Hamdani et Cyrille Mourgou

'' © portraits réalisés par Pierre Terrasson''

Extrait du supplément mondomix n°20 - jan./fév. 2007 - Carnet de route du festival Villes des Musiques du Monde 2006